►► Interview Mustapha Mechahouri - Partie 1
 

Question : M. le Président, après plus de 30 années passées à gérer des établissements publics (CNRA-RCAR-CDG) avec les performances et les résultats qu’ils affichent aujourd’hui, quels sont véritablement les raisons qui vous ont amené à briguer le mandat de Président du Conseil Municipal de votre ville natale : El Ksiba

Réponse : Permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour votre excellente initiative d’avoir créé un site dédié à la ville d’El Ksiba. Je vous avoue que je suis tombé par hasard sur ce site en voulant regarder pour la énième fois des photos prises par le Capitaine Jean Vaugien sur la tribu des Aît Ouirra entre 1950 et 1951 (NDRL : le site n'existe plus).
Par oui-dire, j’ai appris qu’un natif d’El Ksiba, versé dans le domaine de la communication, avait créé un cyber dans notre
ville et je n’ai pas hésité une seconde à vous écrire pour vous accompagner dans votre projet et votre démarche d’utiliser les nouvelles technologies de la communication et de l’information pour mieux faire connaître la ville d’El Ksiba.
Pour revenir à votre question, je suis tout d’abord touché par votre remarque quant au travail et le parcours que j’ai accomplis pendant 32 ans au sein du groupe de la Caisse de Dépôt et de Gestion, la première institution financière publique marocaine qui gère plus de 10 milliards de dollars américains.

En fait, après avoir consacré plus d’un quart de siècle exclusivement à développer les secteurs de la retraite et de l’assurance au Maroc, j’ai ressenti le besoin de m’ouvrir sur le monde associatif, dont les partis politiques. C’est ainsi que j’ai adhéré et essayé d’être actif dans plusieurs associations non politiques (Association Bine El Ouidane, Association des anciens élèves du Collège Moha Ou Saïd d’El Ksiba, Association des Utilisateurs des systèmes informatiques au Maroc, Secrétaire Général de l’Association Ahmed El Hansali (région de Beni Mellal-Azilal), mais aussi au sein d’un parti politique, en l’occurrence le Mouvement Populaire.
Quand j’ai eu l’honneur d’être nommé par Sa Majesté le Roi Mohamed VI, Ministre du Commerce Extérieur au sein du gouvernement de M. Driss JETTOU, le 7 novembre 2002, j’étais peu connu aussi bien au niveau d’El Ksiba que j’ai quitté depuis 1964, malgré les quelques brèves visites que j’effectuais auprès de ma famille, qu’au niveau régional et national.
Cette nomination, pour la première fois, d’un natif d’El Ksiba à un poste gouvernemental, était pour moi un honneur, mais également une première pour la population de notre ville qui a vu un des siens arriver à un tel poste de responsabilité et bénéficier de la haute sollicitude de notre Souverain.
A l’approche des élections locales du 12 septembre 2003, j’ai été contacté par de nombreux amis et personnes originaires d’El Ksiba pour me présenter aux élections communales, me faisant remarquer, qu’il était de mon devoir d’apporter ma contribution au sein d’un nouveau conseil qui pourrait sortir El Ksiba de la situation catastrophique dans laquelle elle se trouve.
Enfin, et pour être honnête, une telle élection me permettrait de bénéficier d’une légitimité politique au sein du Mouvement Populaire.

Question : Quelle a été la réaction de la population d’El Ksiba à votre décision de vous présenter aux élections communales de Septembre 2003 ?

Réponse : Je pense qu’elle a été globalement positive et l’annonce de ma candidature a été accueillie favorablement. D’ailleurs un grand nombre de jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, m’ont beaucoup aidé, d’autant plus que pendant la période électorale, je présidais à Cancun au Mexique, la délégation marocaine qui participait aux négociations dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce.
Ceci dit, ma candidature a encouragé un certain nombre de personnes, que je ne connaissais que de noms, à se présenter aux élections dans l’espoir de constituer un conseil homogène, honnête intellectuellement, pour travailler et réaliser un certain nombre de projets à même de redonner à El Ksiba l’image et la position qui étaient siennes il y a plus d’un quart de siècle.

Question : M. le Président, voulez-vous nous dresser un premier bilan des 10 premiers mois de travail du Conseil Municipal ?

Réponse : Vous savez, il y a 25 ans, le village d’El Ksiba était qualifié par ses habitants et tous les visiteurs de « perle de l’Atlas » et de la « Suisse marocaine » et ce, grâce à ses espaces verts, ses multiples sources naturelles, ses seguias pleines d’eau douce, ses rues goudronnées et ses habitations blanches et harmonieuses.
Aujourd’hui, c’est une ville complètement délabrée. L’état désastreux de tous les équipements collectifs (assainissement, ramassage des ordures, alimentation en eau potable, voirie, habitat et constructions..) et économiques (souks, abattoirs..) est le résultat d’une gestion communale défaillante et de moyens financiers limités.
Conscient de cette situation et de la responsabilité qu’il doit assumer, le conseil municipal a exprimé sa volonté de mobiliser toutes les ressources humaines et matérielles pour remettre à niveau, quelque peu que ce soit, l’ensemble des domaines qui relèvent de la gestion communale.
A la date d’aujourd’hui, et grâce à la mobilisation de toutes les compétences, y compris celles de certaines associations caritatives, nous avons pu réaliser un certain nombre d’objectifs, je citerai à titre d’exemple :
1.     Le réaménagement du camping de Taghbalout après avoir rasé tous les anciens bungalows construits en bois du temps du protectorat et qui étaient dans un état de délabrement total. Avec l’aide de l’Association de Développement d’El Ksiba (ADPEK), la piscine a été réaménagée et réouverte après plusieurs années d’inexploitation. De nouveaux espaces ont été aménagés et affectés aux commerces (épiceries, cafés et restaurants). Le camping a été restauré et des points d’eau ont été établis, etc..

2.     Grâce à la contribution et à l’appui des autorités régionales (Province, Conseil Régional), les routes desservant El Ksiba, par la route nationale 24 reliant Beni Mellal à Khénifra et la route longeant le « Dir » au départ d’Igharm El Alam sont en cours d’élargissement.


3.     Le Wali de la Région de Tadla Azilal et Gouverneur de Beni Mellal a bien voulu, suite à notre demande, programmer le terrassement et le bitumage de la voie principale de la ville depuis l’avenue Al Massira El Khadra, en passant devant la grande mosquée, le siège de la commune, le collège, l’hôpital jusqu’au quartier administratif.

4.     La réorganisation du souk hebdomadaire après avoir loué ses différents compartiments à des montants sans commune mesure avec les offres reçues auparavant.

5.     L’installation d’une antenne permettant à la population de capter la 2ème chaîne nationale et le réseau GSM à Taghbalout.
6.     L’activation de l’achèvement des travaux d’adduction de l’eau potable, opérationnelle depuis le mois de février 2003, permettant ainsi à la population d’avoir de l’eau 24 heures sur 24 au lieu de 2 heures par jour auparavant.

7.     Avec l’aide et la collaboration de toute la population, la réparation des lampadaires pour l’éclairage public.

8.     La plantation d’arbres le long de plusieurs rues et des places publiques.


9.     La réorganisation des services municipaux par une mise à niveau, notamment, par l’utilisation de moyens informatiques (17 ordinateurs ont été installés), la définition des responsabilités et une meilleure célérité pour la délivrance des pièces administratives (maximum 1 heure au lieu d’une attente de 3 à 4 jours auparavant).

10. Une répartition équitable des responsabilités entre les membres du bureau du conseil.

11.  Une requête, accueillie favorablement par les autorités régionales, pour l’installation d’un poste de police et une antenne de la protection civile.

12. Une demande en cours de concrétisation pour un renforcement des équipements médicaux et du corps médical de l’hôpital.

13. De nouvelles procédures pour un meilleur contrôle de la délivrance des autorisations de construire, du suivi des travaux et de la remise des permis d’habiter.

14.  Une réorganisation en cours de l’organigramme de la municipalité avec la valorisation et la désignation de nouveaux responsables.

15.  L’approbation par le conseil du réaménagement, de l’extension et de la modernisation du siège actuel de la Municipalité.


16.  La cession à l’Office National de l’Eau Potable de la gestion de l’assainissement liquide.

Il s’agit là des principales et grandes réalisations et la liste n’est pas exhaustive. En tous les cas, selon les informations qui me parviennent, un sentiment de satisfaction est exprimé par la majorité de la population.
Je suis également à l’écoute des remarques et critiques lorsqu’elles sont constructives. Je dis constructives parce que nous touchons à des intérêts personnels et nous dénonçons avec force les abus et la mauvaise gestion, ce qui ne va pas sans déranger.
Le conseil regroupe les élus de 5 partis (USFP, MP, PI, FFD et PJD), les sensibilités politiques ont été mises au placard et nous réfléchissons et travaillons uniquement en tant qu’originaires d’El Ksiba, fiers d’avoir eu la confiance de la population, animés par la volonté de répondre aux attentes de toutes les couches sociales et confiants quant aux résultats de notre travail. 

Question : Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous êtes confrontés dans votre gestion quotidienne ?

Réponse : Il est vrai que la mission que j’assume n’est pas facile. Tout d’abord, de part mes responsabilités gouvernementales à Rabat, je ne peux pas être présent à El Ksiba comme je l’aurais souhaité.
Pendant les 5 premiers mois (octobre 2003 – mars 2004) je partais à El Ksiba presque toutes les fins de semaine et je travaillais avec le bureau du conseil pendant 14 à 16 heures par jour. Pour ma première expérience de gestion communale, je devais tout voir, mieux comprendre et assimiler une nouvelle activité avec des règles de travail que j’ai trouvées, hélas, lourdes, répétitives et aussi complexes. Ceci s’explique, à mon avis, du fait que les textes et procédures en vigueur sont complexes et ne clarifient pas les rôles du Président du Conseil, des autorités locales et régionales et des services rendus par la Trésorerie Générale. J’ai dû parfois bousculer certains processus routiniers dans l’espoir d’amener toutes les structures qui prennent part à la gestion communale à se remettre en cause. Ce ne fut pas facile.
La deuxième difficulté et non des moindres est de fédérer au sein du Conseil des sensibilités différentes, non seulement politiques mais surtout personnelles pour fixer des objectifs et entreprendre un travail d’équipe.
Enfin, les attentes de la population sont importantes et revêtent parfois un caractère d’urgence. Malheureusement avec les moyens financiers dont dispose la Commune (800 000 dollars US) et les charges du personnel qui représentent plus de 56 % du budget de fonctionnement, il est très difficile de réaliser rapidement les projets qui pourraient changer et améliorer le quotidien de la population (assainissement liquide, ramassage quotidien et général des ordures ménagères, terrassements des rues principales, aménagements des trottoirs, etc..).
Par ailleurs, sans ressources propres, le Conseil Municipal peut difficilement réaliser de tels projets surtout que les habitants ne paient pas les taxes locales (édilité, urbaine, patente) et qu’aujourd’hui plus de 300 000 dollars US n’ont pas été recouvrés pour de multiples raisons.

 

Question : Les citoyens ont donc une large responsabilité dans cette situation. Comment envisagez-vous leurs actions pour participer à la restauration et au développement de la ville ?

Réponse : Vous savez, 23 personnes, malgré leur bonne volonté, leur engagement et les moyens dont elles disposent, ne peuvent, à elles seules, porter la charge d’une ville de plus de 25 000 habitants.
Si la population veut s’inscrire dans une dynamique de changement, elle à un rôle primordial à jouer sur tous les plans. Je citerai :

a)     Le règlement régulier des taxes à sa charge pour permettre à la municipalité de s’engager dans des projets demandeurs de fonds importants, sinon, le conseil ne pourra faire que du « bricolage » avec le peu de moyens financiers dont il dispose,

 

b)  La propreté de la ville est une question de culture et de mentalité. Le conseil a beau renforcer et rationaliser les moyens matériels et humains dont il dispose, si la population n’est pas disciplinée et consciente des conséquences sanitaires et environnementales des ordures jetées n’importe où et n’importe comment, tous nos efforts n’auront servi à rien.

C) Au niveau de l’habitat et des constructions, nous avons démoli tous les logements construits illégalement, nous veillons à ce que les citoyens respectent leurs engagements, mais « l’image » de la ville dépend aussi de la qualité des façades extérieures qui doivent être correctement badigeonnées. La ville aujourd’hui est un amas de briques grises, de terrasses ressemblant à des bidonvilles et de rues totalement défoncées.

Suite partie 2

 
 
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