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Aujourd’hui, il s’agit
d’un autre profil, d’une autre vision et
d’une autre compétence qui confirme encore
une fois que notre ville Elksiba est riche
en potentialités humaines.
Nous nous adressons, à
travers cet entretien à M. Mouhib Mohamed,
médecin et acteur actif dans le domaine
associatif. On vous laisse découvrir
d’autres aspects avec des retours sur le
passé récent de la ville, sur ses lieux et
ses sites, avec des rappels de ses
personnages, des activités/loisirs d’enfance
encore gravés dans nos mémoires, Des
témoignages qui nous poussent à lire et à
penser l’avenir de notre ville bien aimée.
Bonne lecture et bonne
découverte.
Mustapha Abbassi
Q : Une question classique et
incontournable: qui est MOUHIB Mohamed?
R : Parler de soi-même, voilà
un exercice plus difficile qu'il n y parait.
Je suis né à Aghbala d'une mère , elle même
native d'Aghbala et d'un père originaire de
Béni-mellal. J'ai grandi à El ksiba où j'ai
résidé depuis 1964. J'ai eu la chance
d’avoir une enfance et une adolescence
sereines dans les trois localités où j'ai
évolué.Le Primaire à Aghbala, le collège à
Ksiba et le Lycée à Béni-Mellal.
Toutes les trois ont
imprégné mon âme. Mais c'est à Ksiba que
j'ai le plus de souvenirs, le plus grand
nombre d'amis. Et, d'ailleurs, ma deuxième
moitié est Kasbaouie. "Masquit Erras" à
Aghbala ; "Masquit ElQualb" à Ksiba.
Q : Les Kasbaouis vous connaissent
sûrement, mais connaissent mieux votre père,
que Dieu l'ait en sa sainte miséricorde;
pourquoi?
R : Effectivement, mon défunt
père était très connu à Ksiba et ce pour
plusieurs raisons. Sa sociabilité, son sens
de l'humour: il avait toujours, que Dieu ait
son âme, le mot pour rire. Mais aussi, je
pense, par son métier: il exerçait l'un des
métiers en voie de disparition (barbier).
C'est lui qui avait circoncis des dizaines
d'enfants à Ksiba et régions. Et il aimait
Ksiba jusqu'à la moelle. Que Dieu l’ait en
sa sainte miséricorde.
Q : Vous êtes très actif dans le
domaine associatif, en plus des activités
liées à votre métier initial; qu’en est
aujourd'hui?
R : Aujourd'hui, j'ai
l'insigne honneur de présider une
association humanitaire à Midelt. C'est une
association qui a été fondée en 1996 par une
soeur Franciscaine: Soeur Pat Geneviève,
pour l'aide de l'enfant en difficulté à
Midelt.
Très brièvement, je dirais que cette modeste
association a à son actif,des réalisations
intéressantes:
1/ Education non formelle: 14 licenciés
travaillent un peu partout dans la province
de Khénifra, en partenariat avec le
Ministère de l'Education Nationale. Et
l'association a pu réintégrer à l'éducation
formelle des dizaines de jeunes filles et de
jeunes garçons.
2/ Avec l'aide d'un grand
partenaire Européen, l'association a pu
réaliser dans un quartier démuni de 4600
habitants, un centre socio-éducatif qui sert
de bibliothèque (2600 livres), de cyber (5
ordinateurs) et d'atelier de couture et de
broderie pour les habitants de quartier .
3/ En outre,
l'association distribue des aides
alimentaires et vestimentaires ainsi que des
fournitures scolaires. Elle s'occupe de
certains malades démunis: elle a pu envoyer
dernièrement, à titre d'exemple, un enfant
qui a eu un traumatisme de l'oeil pour se
faire opérer en France.
En plus de tout cela, l'association compte
des adhérents en France et reçoit, chaque
année, une vingtaine de jeunes Français qui
viennent aider dans la réalisation de
certains projets sur le terrain. Elle joue,
par ce biais, un trait d'union entre le Nord
et le Sud en ces moments difficiles où le
dialogue entre les deux rives est
primordial.
Q : Vous avez été l'un
des acteurs et fondateurs de l'Association
des anciens élèves de Ksiba du collège Moha
Ou Saïd en 1984. Personne n'en parle
aujourd'hui; peut-on savoir pourquoi.
R : A la deuxième réunion du
Bureau de cette association fait de Cadres
respectables de Ksiba, il s'était avéré que
certains fondateurs principaux étaient venus
non pas avec un esprit purement associatif,
mais pour d'autres buts personnels; ce qui
avait fait d'elle une association mort-née.
Q : Vous avez publié (ou copublié avec
votre femme El Omari Zohra) plusieurs
ouvrages dont:"la medecine traditionnelle";
pourriez-vous nous en donner quelques
précisions?
R : Les thèses de Doctorat en
Médecine de mon épouse et de la mienne
étaient sur deux aspects différents de la
Médecine traditionnelle au Maroc. Nos jurys
respectifs nous avaient encouragés à les
éditer. C'est ce qui nous a poussé de
réaliser une synthèse en 1985, dont le fruit
est :"Nos plantes médicinales"; un travail
qui a rencontré un certain succès puisque
nous le rééditons pour la 3è fois.
Q : Vos souvenirs de la ville de Ksiba
restent toujours dans la mémoire; voulez
vous nous en rappeler quelques uns (enfance,
adolescence, adulte...)?
R : Ksiba de mon enfance était
belle et gaie. Avec sa place près de la
grande mosquée faite de gradins bien
arrangés, avec leur garde-fou en fer forgé.
C'était la place de jeux de notre enfance.
Tous les samedi, nous y assistions à la
Halqua du grand conteur originaire du
village: Feu Ouhassou. Il nous faisait rêver
et voyager dans son monde oriental et
magique.
A Ksiba, en cette période, il y avait des
sources limpides un peu partout. Les pluies
fines qui duraient plusieurs jours rendaient
la nature verdoyante et riche. La nature
luxuriante de cette période nous gâtait de
ses friandises multiples et gratuites:
tabgha, sasnou, iderrane ,l'kharoub etc...
Tout le monde se
connaissait à Ksiba, le nombre de familles
était réduit; nous étions élevés dans une
ambiance "porte ouverte" faite de tolérance,
de sécurité et de joie.
Q : Quelles sont à votre avis les
causes qui font que la ville de Ksiba, en
terme de développement socio-économique, est
encore en deçà des attentes, ou du moins en
comparaison avec les villes de la région?
R : Les principales causes qui
font que Ksiba n'est pas encore sur les
rails du développement sont à mon avis
l'ignorance et la misère.
L'ignorance entretient
chez l'écrasante majorité des Kasbaouis un
discours oral teinté de mentalité primitive
basé sur le rituel et les pactes sociaux
ancestraux tels que l'Amoutl et l'Aahd.
C'est le discours des Ijemmaânes du début du
siècle qui sévit toujours à Ksiba. Exemple:
on entendra toujours dire : " Amoutl Iouna
Ghifs Islemen", "Amoutl Iouna Iyrane Ghif
Flane"; "Amane Ouine Tmazirte"; Our’n T'Khellas
Dariba".....
Cette mentalité ne peut que porter préjudice
à la démocratie et, du coup au
développement, dans le village.
Aucun intellectuel, aucun démocrate de bonne
volonté ne peut supplanter cette mentalité
ancestrale.
En outre, il ne faut pas s'attendre à ce que
les habitants qui trouvent des difficultés à
subvenir aux nécessités quotidiennes de
base, contribuent à un vrai projet d'avenir
quelconque. Leur mode d'existence se fonde
sur l'immédiat et le concret; ils ne pensent
qu'au travail quotidien.
Par conséquent les défis qui se présentent
aux décideurs Kasbaouis sont colossaux. Et
la solution, à mon sens, doit passer par
l'élaboration de projets appropriés à la
région par l'état, le conseil municipal et
l'élite associative locale et nationale.
Elle doit passer également et surtout par
une grande révolutions des mentalités, et ce
par un investissement dans le culturel,
l'éducation des enfants et la
sensibilisation de la population. Ce n'est
pas parce que les Kasbaouis ne sont pas
consommateurs de culturel qu'il faut
négliger ce créneau. Des tables rondes, des
conférences sur des thèmes diversifiés:
économiques, hygiéniques, droits de l'homme,
démocratie etc... seront d'un grand secours
à ces populations marginalisées.
Q : Un projet qui vous tient à coeur
et que vous rêvez de réaliser au profit de
Ksiba?
R : Un centre socio-éducatif
pour l'aide de l'enfant en difficulté à
Ksiba, à l'instar de celui qu'un grand
partenaire Européen a construit à Midelt
pour l'association dans laquelle je milite.
Q : Un conseil, un appel, une
suggestion, une recommandation au conseil
municipal de Ksiba.
R :- Que le conseil accorde
des facilités pour la construction d’un
hôtel a Taghbalout (octroie gratuit d’un
terrain). Je pense que l'emplacement est
intéressant à plus d'un égard. Il constitue
une étape intéressante entre Fès et
Marrakech, un passage obligé vers Imilchil
et un lieu de détente et de fraîcheur pour
les habitants de la région de Beni-mellal.
- Qu'il pense à la création d'une colonie de
vacances pour les enfants des MRE, à
l'instar de celle de Sâidia.
- Enfin qu'il s'intéresse au culturel qui
fait vraiment défaut à Ksiba.
Q : A quoi vous font penser ces mots:
-TAGHBALOUT? -AFLANIFRANE?
-USK? -LAMHARK?
R- Taghbalout: Taghbalout a un
charme magique qui reste ancré dans la
mémoire des enfants du terroir. Qui parmi
les anciens de Ksiba , à l'évocation de
Taghbalout, ne se remémore ses chalets en
bois, sa guinguette, ses jardins
enchanteurs, sa petite rivière avec ses
galets naturels, ses sources d'eau
intarissables, ses arbres majestueux hauts
en couleurs en automne, sa fraîcheur et sa
brise dans les soirées étouffantes d'été.
Il est rare de voir deux
Kasbaouis se rencontrer sans évoquer leur
perle; et peu importe que cette rencontre
ait lieu à Casa, à Montréal ou juste à côté
à Boujaâd.
Malheureusement
Taghbalout connait aujourd'hui de sérieux
problèmes : la défaillance de
l'infrastructure, le manque d'entretien, et
surtout le comportement passif voire
agressif des occupants en été(où elle se
transforme en véritable"souk d'Aydoud").
Enfin, il ya surtout le manque d'une
stratégie volontariste de sauvegarde de la
part des autorités publiques.
De point de vue champs
d'action, à mon sens, la sauvegarde de ce
patrimoine naturel ne pourrait se réaliser
que dans un cadre coopérationnel où les ONG
locales, nationales et internationales
seraient appelées à appuyer solidement les
efforts fort louables du conseil actuel.
- Afelanifrane: un site
pittoresque, je ne peux évoquer Aflanifrane
sans me rappeler la voie ensorcelante de
deux jeunes filles qui battaient leur linge
sur les pierres de la source, en chantant à
gorge déployée la première chanson de
Rouicha "Abibiou Srouye"; la fôret leur
faisant écho, c'était sublime.
Aflanifrane équivaut à "Tikhirrite": cette
figue sauvage qui n'existe nulle part
ailleurs.
Hélas, j’ai dernièrement visité Afelanifrane
et je trouve que le site a été défiguré par
le béton ; je pense que les Kasbaouis
nostalgiques ne pourront plus chanter : »Aflanifrane
Ay Irouda Oumalou ».
- L'USK me rappelle cette
période de notre adolescence sereine où le
sport, la musique, le roman prenaient une
partie importante de notre temps.
D'autre part, je ne peux invoquer l'USK sans
parler de Feu Alami Aziz, cet ami que nous
avons perdu récemment et que Dieu ait son
âme!
- Lamhark : notre promotion a
vécu une enfance inoubliable dans cette
place centrale du village. C'est là où nous
avons vu notre premier cirque, où nous
jouions au foot entre quartiers ; c'est là
également où nous assistions aux festivités
de la fête du trône, aux Ahidous et à la
fantasia.
Q : Que pensez-vous du site
ELKSIBA.COM ?
R : Ksiba qui traîne le pas
derrière les villes de sa taille, du point
de vue socio-économique, se compte
aujourd'hui parmi les premières villes
marocaines bénéficiant d’un site. Grande
consolation grâce au travail louable de
Hassan. Merci Hassan.
Q :
Un dernier mot aux habitants de Ksiba?
R : Que les partis politiques
de Ksiba et la société civile locale se
tendent la main pour qu'ils soient soudés au
delà de leurs différences, pour sortir notre
beau village du marasme sévère et du chaos
dans lequel il végète. Enfin, que les jeunes
générations des MRE s'intéressent à la terre
de leurs ancêtres; et que les jeunes
résidents à Ksiba se désolidarisent de
l'esprit tribal et rebelle de certains
parents qui entravent encore l'évolution des
bonnes volontés dans le conseil municipal.
Entretien préparé et
réalisé par Mustapha Abbassi
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